Une réponse à Xavier de la Porte sur les ordinateurs « connectés » en classe

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Écoutant la chronique du 20/02/2014 de Xavier de la Porte,  et enseignant comme vous le savez, j’allais répondre en écrivant un commentaire sur la page de son émission sur le site web de France Culture.

Voyant que mon commentaire commençait à faire plus de 250 mots, je me suis dit qu’il était opportun de le développer un peu pour en faire un article, en réponse à l’usage des ordinateurs connectés pendant la classe.  En résumé : pour ou contre ? Il faut dépasser ce débat, c’est l’apprentissage de l’usage qui est important, pas l’usage en soit, en tout cas avec un public de jeunes adultes.

La chronique utilise, entres autres, un article d’Olivier Ertzschield, sur un retour d’expérience lié à un cours sur la culture du remix à destination de licence. C’est important de le préciser. Je rejoins le point de vue d’Olivier, à savoir l’intérêt de l’outil. Mais après plusieurs années passées dans un établissement d’études supérieures, et pourtant dans un cours portant sur le management des systèmes d’information, on a fait le choix de supprimer l’accès aux ordinateurs « par défaut ». Pourquoi ? Parce que le fait d’être de la génération Y fait d’eux des utilisateurs expérimentés, sans aucun doute, mais d’une certaine manière, sans connaissance. C’est un peu comme si vous donniez une moto à quelqu’un et qu’il doive apprendre seul, en essayant et en lisant des forums. Sans doute saura t’il l’utiliser, mais non sans nombres problèmes. En effet, il n’en connaîtra pas les points essentiels (vérifications avant chaque usage, usures de certains composants…), les avantages (pollutions, rapidité…) et les risques (faible sécurité, adhérence…). Ensuite parce que le rôle de l’enseignant est primordial, notamment sur l’usage d’outils, il faut repenser son métier. C’est donc en conclusion que j’invite à repenser la classe.

Être né avec une technologie n’est pas savoir l’utiliser

Ce n’est pas tant le manque d’attention qui me dérange, au contraire, on ne peut pas être concentré sur un sujet pendant quelques heures. Le fact checking ne me dérange pas, au contraire aussi, rien n’est plus agréable que de voir son message entendu, compris et vérifié ! Le rôle de l’enseignant est avant tout de faire changer des pratiques, n’est-ce pas ?

En revanche, l’incapacité de la majorité de mes élèves à utiliser l’outil connecté vient du simple fait que personne ne leur a expliqué l’usage, voir à ce propos l’article  de Marc Scott, traduit ici. Si ce n’est quelques introductions à la bureautique, personne ne les a aidés à essayer de faire du multitâche, à s’auto-limiter à certains usages, à comprendre le fonctionnement derrière la magie face à une machine avec des possibilités aussi versatiles. Ainsi, l’apprentissage de la programmation n’est pas un point clé, bien au contraire, voir l’article de M. Guillou à ce propos.  Une littératie et l’apprentissage des usages, que cela permette de démystifier la technologie ou d’en faire des utilisateurs autonomes, sont bien plus importants. En effet, se retrouver du jour au lendemain avec l’accès à des encyclopédies (via Wikipédia) aussi fiable que d’autres sont inaccessibles, l’intégralité des brevets déposés (ici ou ), tous les textes de lois (en France), ou simplement la possibilité de communiquer, d’être lu / vu / entendu par un grand nombre (voir les conférences de Benjamin Bayart) est une nouveauté assez déroutante qui n’existait pas pour ceux nés jusqu’au milieu des années 1980 et semble normal pour ceux nés après 1990. Ainsi, apprendre et comprendre ces nouveautés semble, dès lors, simplement une condition sine qua non. Lorsque ce sera le cas, les ordinateurs de toutes sortent, venus ou à venir, seront sans doute les bienvenus.

L’enseignant comme showman.

Enfin, n’oublions pas que cela peut être facile pour un enseignant de recourir à ces machines en permanence. Comme l’a précisé à juste titre Olivier Ertzschield, toutes les classes ne sont pas nécessairement adaptées à l’usage d’ordinateurs connectés. D’autant plus que cela peut être un véritable challenge de maintenir une classe en situation d’attention pendant quelques heures sur différents sujets.

Gabe Piccoli : "just before starting the class I tell myself : "now it's showtime baby"!

Si certains enseignements semblent particulièrement inutiles et, nécessairement, que l’attention résultante est faible, ce ne veut pas dire qu’il doit être supprimé. Ainsi, l’enseignant doit être capable de faire un show suffisamment convaincant pour capter l’attention et aussi faire changer les pratiques. Je me rappelle sur ce point ce que m’a dit un collègue, Gabriele Piccoli, pédagogue hors pair, quand je lui ai demandé comment il s’y prenait. La réponse est simple, faire le show. Le rôle de l’enseignant est aussi, parce que l’environnement socio-technique change, de repenser son travail, et de fait la pédagogie, avec ces technologies, non pas contre. En revanche, la technologie ne résoudra aucun problème à elle seul. Un des premiers concepts que l’on essaye de faire comprendre aux élèves est justement ce fait, la technologie à elle seule ne résout jamais les problèmes (une problématique qui a plus de 30 ans). Je pense que l’on peut voir une classe comme un système d’informations (un système socio-technique pour traiter, diffuser, stocker et analyser de l’information) et ainsi, user des modèles qui existent pour repenser, certes le rôle de l’enseignant, mais plus globalement, la classe.

Un renouvellement nécessaire de la classe

J’ai déjà cité un modèle que l’on utilise pour comprendre ce qu’est un système d’information, et le fait, entres autres, que la technologie ne résout pas les problèmes. Ce modèle s’articule autour de quatre composantes essentielles interdépendantes, à savoir :

  • les ressources humaines : qui sont les utilisateurs, les responsables… leurs compétences, capacités…
  • la structures organisationnelle : comment s’effectue habituellement la transmissions de l’information, la gestion de l’organisation, comment fonctionne la hiérarchie…
  • les processus : les suites d’étapes à accomplir pour atteindre l’objectif
  • la technologie : la technologie à disposition.

On peut les résumer sous la forme du graphique ci-dessous.

quatre composantes d'un système d'information : processus, technologie, ressources humaines et structure

J’insiste sur la notion d’interdépendance. En effet, c’est la bonne interaction de toutes les composantes qui va assurer le succès du système, il n’y a, aussi étrange que cela puisse paraître, pas de véritable hiérarchie dans les différentes composantes. Or, nous venons de voir que la composante technologie a très fortement été modifiée, modifiant ainsi, « l’équilibre » du système. Voilà pourquoi j’ai insisté sur la notion de littératie, qui se focalise sur la formation des usagers, mais qu’il faut aussi former les enseignants, et les personnels de soutiens. Mais cette interdépendance implique aussi qu’il faut aussi porter une attention sur la notion de processus d’apprentissage, à savoir comment enseigner, pour aller, peut-être jusqu’à une réforme de la structure même de la classe.

Mon discours semble simple, mais l’impact est vraiment énorme, d’où l’importance de procéder par étape, avec des expérimentations. Cela peut aboutir à des choses très intéressante comme la classe inversée (voir ici, ou avec une « bonne » recherche Google), l’académie en ligne ou le développement des MOOCS (qui ne sont en l’état qu’une expérimentation intéressante) et permettre de faire progresser l’enseignement dans son contexte, et non pas comme s’il s’agissait d’une discipline hors du temps et de l’espace.

Une réflexion sur “Une réponse à Xavier de la Porte sur les ordinateurs « connectés » en classe

  1. En effet les générations dites informatisés ou connectés n’ont généralement que très peu de connaissance techniques. Ils maîtrisent très biens les interfaces hommes machines, qui dit en passant ont été réfléchis et conçus pour être utilisable par un plus large public possible, mais n’ont généralement pas pour autant cherché a comprendre ce qui se cache derrière. C’est a dire la réalité derrière l’apparence … Il n’y a qu’a voir le nombre d’ordinateur « trop vieux », « qui rame trop » qui sont remplacés, envoyé chez le réparateur ou autre car l’usager en question n’a jamais cherché a comprendre l’impact de ses clics sur sa machine.
    « c’est la bonne interaction de toutes les composantes qui va assurer le succès du système » Je suis bien d’accord !

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